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Клэр Вальмон

Marché conclu

Глава

MARCHÉ CONCLU

niveau A2-B1


Chapitre 1. La nouvelle élève

Vocabulaire du chapitre

la rentrée — начало учебного года

l'uniforme (m) — школьная форма

le lycée privé — частный лицей

la bourse — стипендия

le proviseur — директор школы

la salle de classe — классная комната

inquiet / inquiète — встревоженный

se faire discrète — оставаться незаметной

le passé — прошлое

promettre — обещать

le silence — тишина

la grille — решётка, ворота

le portable — мобильный телефон

la cour — двор

se présenter — представляться

le carton — коробка

le tiroir — ящик (стола)

la vitrine — витрина

Émilie Moreau regarde le grand bâtiment du lycée privé Saint-Clair depuis la voiture de sa mère. Le ciel est gris, mais l'immeuble est impressionnant : de vieilles pierres, de hautes fenêtres, une grille noire et un jardin bien entretenu. Devant l'entrée, plusieurs élèves en uniforme discutent tranquillement. Certains descendent de voitures très chères.

Elle remarque aussi, un peu plus loin, un grand panneau annonçant fièrement les résultats du baccalauréat de l'année précédente : cent pour cent de réussite, dont la majorité avec mention. Ce genre de statistique, affichée comme un trophée, ajoute encore à la pression qu'elle ressent déjà rien qu'en descendant de la voiture.

— On est arrivées, dit sa mère avec un sourire nerveux. Tu es prête ?

Ce sentiment d'incertitude, mélangé à une pointe d'espoir fragile, l'accompagnera longtemps durant ces premières semaines à Saint-Clair.

Émilie ne répond pas tout de suite. Elle regarde son nouvel uniforme : une veste bleu marine, une jupe grise, une cravate rayée. Tout est parfait, trop parfait peut-être.

Alors qu'elle cherche la salle 204, Émilie manque de percuter un professeur qui sort précipitamment d'une salle voisine, une pile de copies dans les bras.

— Excusez-moi, dit-elle rapidement, en reculant d'un pas.

— Ce n'est rien, dit l'homme avec un sourire bienveillant. Tu es nouvelle, n'est-ce pas ? Je ne t'ai jamais vue dans les couloirs.

— Oui, monsieur. Je m'appelle Émilie Moreau.

— Bienvenue à Saint-Clair, Émilie, dit-il chaleureusement. Je suis monsieur Lambert, j'enseigne les sciences économiques. Si tu as besoin d'aide pour t'orienter, n'hésite pas à demander, même si ce n'est pas mon cours. Cette gentillesse simple, inattendue en ce premier jour si difficile, réchauffe un peu le cœur d'Émilie. Elle le remercie timidement avant de reprendre son chemin, se sentant, l'espace de quelques secondes, un peu moins seule dans ce nouvel environnement si intimidant.

— Oui, dit-elle enfin. Je suis prête.

Ce jour marquera, d'une manière ou d'une autre, le véritable commencement de son histoire à Saint-Clair.

En réalité, elle ne se sent pas prête du tout. Ses mains tremblent légèrement sur ses genoux, et elle doit se concentrer pour respirer calmement. Mais elle a appris, ces derniers mois, à cacher parfaitement ce genre de choses.

Elle sort de la voiture et sent immédiatement les regards sur elle. Personne ne la connaît ici, et c'est exactement ce qu'elle voulait. Un nouveau lycée. Une nouvelle vie. Personne ne sait ce qui s'est passé dans son ancienne école.

Après les cours du matin, Émilie doit encore trouver son casier, situé dans un vestiaire aux portes métalliques bleu marine, assorties aux couleurs du lycée. Une femme de ménage, occupée à nettoyer le sol, lui indique gentiment le bon numéro.

— Merci beaucoup, dit Émilie.

— Première année ici ? demande la femme avec un sourire fatigué mais sincère.

— Oui, dit Émilie.

— Ça va aller, ma belle, dit-elle simplement, avant de reprendre sa tâche. Ces quelques mots, prononcés sans grande cérémonie, réconfortent étrangement Émilie plus que n'importe quel discours officiel de bienvenue n'aurait pu le faire.

Dans sa tête, elle repasse en boucle le jour où elle a quitté son ancienne école : les cartons empilés dans sa chambre, le silence de ses anciens camarades qui ne sont pas venus la saluer, la sensation étrange de disparaître sans que personne ne le remarque vraiment. Elle avait promis à ses parents, et surtout à elle-même, que Saint-Clair serait différent.

Émilie a obtenu une place à Saint-Clair grâce à ses excellents résultats scolaires et à une bourse partielle. Ses parents ont économisé pendant des mois pour payer le reste. Ils espèrent que, dans ce nouvel endroit, leur fille pourra enfin être heureuse.

Elle ressent le poids de cet espoir presque comme une responsabilité supplémentaire, celle de réussir coûte que coûte, pour eux autant que pour elle-même.

Dans son ancienne école, tout allait bien au début aussi. Émilie chasse cette pensée. Elle ne veut plus y penser. Elle traverse la cour, son sac sur l'épaule, et cherche le bureau du proviseur.

En traversant la cour à la recherche du bureau du proviseur, elle entend deux élèves discuter avec inquiétude d'un contrôle de mathématiques prévu la semaine suivante, se plaignant de la difficulté du programme de terminale. Ce genre de conversation anodine, si banale qu'elle passerait inaperçue n'importe où ailleurs, rassure étrangement Émilie : au moins, se dit-elle, les préoccupations scolaires restent les mêmes, où qu'elle aille.

Le lycée est immense. Les couloirs sont larges, les salles de classe modernes, les casiers en bois verni. Tout ici sent le luxe et l'ordre. Des photos d'anciens élèves célèbres décorent les murs : médecins, avocats, hommes politiques.

Elle remarque aussi une grande vitrine près de l'accueil, remplie de coupes de sport, de médailles académiques et de photos de classes entières souriantes. Tout ce prestige l'impressionne autant qu'il l'intimide. Elle se demande si elle sera un jour capable de se sentir vraiment à sa place dans un endroit pareil.

— Tu dois être Émilie Moreau, dit une secrétaire souriante. Bienvenue à Saint-Clair.

Sur le mur du fond de la salle 204, une grande affiche cite une phrase de Victor Hugo sur l'importance de l'éducation, encadrée avec soin comme toutes les décorations de l'établissement. Émilie la lit distraitement en attendant que le cours commence, sans se douter que cette salle deviendra, dans les mois à venir, le théâtre de bien plus d'événements qu'elle ne l'imagine actuellement.

Elle lui donne un plan de l'école, un emploi du temps et un badge avec son nom.

Émilie regarde le badge un instant, son nom imprimé en lettres noires bien nettes : Émilie Moreau, élève de terminale. Ça a l'air si simple, écrit comme ça, comme si son passé n'existait pas du tout.

— Ta salle de classe est au deuxième étage. Le cours commence dans dix minutes.

La veille au soir, sa mère avait passé de longues minutes à repasser son nouvel uniforme, avec un soin presque exagéré, comme si un pli mal placé pouvait à lui seul déterminer le succès de cette nouvelle rentrée. Émilie l'avait regardée faire en silence, touchée par cette attention méticuleuse qui trahissait, plus que n'importe quel mot, l'espoir sincère que ses parents plaçaient dans ce nouveau départ.

Émilie la remercie et monte l'escalier, le cœur battant. Elle pense à une seule chose : rester discrète. Ne pas attirer l'attention. Ne rien dire sur son passé.

Elle se répète cette promesse en silence : « Cette fois, ce sera différent. Cette fois, je ne dirai rien. »

Elle remarque, en observant les autres élèves autour d'elle, la diversité surprenante de leurs origines sociales malgré la réputation huppée de l'établissement : certains, comme elle, bénéficient visiblement de bourses, reconnaissables à certains détails discrets, un sac plus usé, des chaussures manifestement plus anciennes que celles portées par la majorité. Ce constat, aussi minime soit-il, la rassure légèrement : elle n'est peut-être pas si seule dans sa situation qu'elle ne le croyait en arrivant.

Elle sait que cette promesse est plus facile à formuler qu'à tenir, mais elle s'y accroche comme à une bouée de sauvetage, la seule chose qui l'empêche de faire demi-tour et de retourner immédiatement à la voiture de sa mère. Elle inspire profondément, redresse les épaules, et pousse enfin la porte de la salle de classe.

Devant la salle 204, plusieurs élèves attendent déjà. Ils parlent fort, rient, montrent leurs téléphones portables. Une fille aux cheveux blonds parfaitement coiffés observe Émilie de la tête aux pieds.

Émilie ralentit le pas, hésitant à s'approcher du petit groupe, se demandant si elle doit dire quelque chose ou simplement se glisser discrètement à l'intérieur de la salle.

— Tu es nouvelle ? demande-t-elle.

— Oui, répond Émilie. Je m'appelle Émilie.

— Moi c'est Clara, dit la fille avec un sourire qui n'atteint pas ses yeux. Bienvenue à Saint-Clair. Ici, tout le monde se connaît depuis la maternelle... enfin, presque tout le monde.

Émilie sent une légère tension dans cette phrase, mais elle décide de ne pas y penser. Elle entre dans la salle et cherche une place libre. Elle en trouve une près de la fenêtre et s'assoit rapidement.

Le couloir menant à sa salle résonne du bruit de dizaines de conversations qu'elle ne comprend pas encore, des private jokes, des surnoms, toute une histoire commune à laquelle elle n'a pas participé. Elle se sent, l'espace d'un instant, comme une étrangère débarquant au milieu d'un film déjà commencé depuis longtemps.

La salle se remplit peu à peu. Les élèves parlent de leurs vacances, de leurs voyages, de nouvelles voitures. Émilie écoute sans participer. Elle regarde par la fenêtre le beau jardin du lycée, essayant de calmer les battements de son cœur.

Le professeur arrive et demande le silence.

— Bonjour à tous. J'espère que vous avez passé de bonnes vacances. Avant de commencer, nous avons une nouvelle élève. Émilie, tu peux te présenter ?

Émilie sent tous les regards se tourner vers elle. Sa gorge se serre.

— Bonjour, dit-elle doucement. Je m'appelle Émilie Moreau. Je viens d'arriver à Saint-Clair.

— Merci Émilie, dit le professeur. Installe-toi, nous allons commencer.

Elle s'assoit, soulagée que ce moment soit terminé. Mais elle sent encore le regard de Clara posé sur elle, curieux et un peu froid.

Elle garde les yeux fixés sur son cahier pendant le reste du cours, espérant que l'attention se détourne enfin d'elle.

Pendant le cours, Émilie remarque un garçon assis au fond de la classe. Il ne prend aucune note. Il regarde son téléphone sous la table, discrètement. Les autres élèves semblent le connaître très bien ; certains se retournent régulièrement pour lui parler ou rire avec lui.

Elle ne sait pas encore qui il est. Elle ne sait pas encore que sa vie à Saint-Clair va bientôt changer à cause de lui.

À midi, Émilie découvre la cantine pour la première fois : de longues tables en bois, un self-service proposant plusieurs plats, et une odeur de pain chaud qui flotte dans l'air. Elle prend un plateau, hésite devant les choix, puis s'installe seule à l'extrémité d'une table, près d'une fenêtre. Autour d'elle, les groupes se forment naturellement, comme s'ils existaient depuis toujours. Elle mange rapidement, les yeux baissés sur son assiette, en se répétant que ce n'est qu'un premier jour, que les choses s'arrangeront avec le temps.

Après les cours, Émilie retrouve sa mère devant la grille de l'école.

— Alors ? demande sa mère, pleine d'espoir. Comment s'est passée ta première journée ?

— Bien, répond Émilie avec un sourire forcé. Tout va bien.

Elle ne veut pas inquiéter sa mère. Elle ne veut pas parler du regard insistant de Clara, ni du garçon mystérieux au fond de la classe, ni de la boule d'angoisse qui reste dans son ventre depuis le matin.

— Tu t'es fait des amies ? demande sa mère, pleine d'espoir, en démarrant la voiture.

— C'est le premier jour, maman, répond Émilie avec un petit sourire fatigué. Laisse-moi le temps.

— Bien sûr, dit sa mère. Je suis juste... je veux tellement que ça se passe bien pour toi, cette fois.

— Je sais, dit Émilie doucement, en regardant par la fenêtre pour cacher son expression.

Dans la voiture, elle regarde le lycée disparaître par la fenêtre. Elle se répète en silence : « Cette fois, ça va aller. Cette fois, je ne laisserai rien arriver. »

Le soir, dans sa chambre, Émilie range ses nouveaux livres et prépare son sac pour le lendemain. Elle pense à toutes les règles qu'elle s'est fixées : ne pas trop parler, ne pas se faire remarquer, ne jamais mentionner son ancienne école.

Avant de s'endormir, elle prend son ancien carnet, celui qu'elle utilisait dans son ancienne école, et le range tout au fond d'un tiroir, comme pour enfermer symboliquement cette partie de sa vie. Elle en sort un nouveau, encore vierge, et écrit simplement la date du jour sur la première page. Un nouveau départ, se dit-elle. Vraiment, cette fois.

Elle éteint la lumière et ferme les yeux, en espérant que Saint-Clair sera vraiment différent.

Elle sait que rien n'est encore gagné, que cette journée n'était qu'un début parmi tant d'autres à venir. Elle se surprend malgré tout à espérer, contre toute raison, que cette nouvelle école tiendra enfin sa promesse silencieuse d'un nouveau départ véritable.

Elle repense, une dernière fois avant de s'endormir, à cette journée entière passée à observer plus qu'à vivre, à mesurer chacun de ses gestes, chacune de ses paroles. Demain, se dit-elle, elle essaiera d'être un peu plus elle-même. Juste un peu.

Elle ne sait pas encore à quel point elle se trompe.

Chapitre 2. Saint-Clair

Vocabulaire du chapitre

la salle des professeurs — учительская

populaire — популярный

le règlement intérieur — внутренний распорядок

se moquer de — насмехаться над

la cantine — столовая

le carnet — тетрадь, дневник

curieux / curieuse — любопытный

le clan — клан, компания

remarquer — замечать

éviter — избегать

la réputation — репутация

desserré / desserrée — ослабленный (о галстуке)

sûr de soi — уверенный в себе

chuchoter — шептать

soupirer — вздыхать

le trophée — трофей

une moue — недовольная гримаса

Le lendemain matin, Émilie arrive plus tôt à l'école. Elle veut éviter la foule devant l'entrée et trouver sa salle de classe sans stress. Le lycée Saint-Clair, avec ses couloirs silencieux avant les cours, lui semble presque accueillant.

Elle prend aussi le temps, ce matin-là, d'observer le tableau d'affichage près de l'entrée principale : les résultats sportifs de l'équipe de rugby du lycée, les annonces du club de théâtre, les photos du dernier voyage scolaire en Italie. Toute une vie collective qui existait déjà bien avant son arrivée, et qui continuera bien après, quoi qu'il arrive.

Elle découvre peu à peu l'organisation de l'école : la cantine immense avec des tables en bois, la salle des professeurs au premier étage, la grande bibliothèque avec ses hautes étagères. Tout est propre, calme, ordonné.

Chaque détail nouveau, aussi minime soit-il, s'ajoute peu à peu à l'image qu'elle se construit de ce lycée si différent du précédent.

Pendant la pause, Émilie s'assoit seule dans un coin de la cour, un livre à la main. Elle préfère observer avant de parler à quelqu'un.

Elle découvre par hasard, en cherchant un raccourci vers la salle de sport, une petite terrasse extérieure derrière la bibliothèque, aménagée avec quelques tables en bois et des plantes en pot. Deux élèves y sont installés, plongés dans leurs lectures, sans lui prêter la moindre attention. L'endroit, presque secret, loin de l'agitation de la cour principale, lui semble immédiatement précieux. Elle s'y assoit quelques minutes, savourant ce court moment de tranquillité avant la sonnerie, se promettant d'y revenir dès que l'occasion se présentera à nouveau.

Elle a découvert un peu plus tôt la bibliothèque du lycée, une salle immense aux hauts plafonds, avec des rangées de livres qui semblent remonter jusqu'au ciel. Une odeur de vieux papier et de bois ciré flotte dans l'air. Elle s'est déjà promis d'y revenir chaque jour, pendant les pauses, loin du bruit et des regards curieux de la cour.

C'est là qu'elle le voit vraiment pour la première fois : Maxime Delcourt, entouré d'un groupe d'élèves qui rient à chacune de ses blagues. Il porte son uniforme d'une façon un peu négligée, la cravate desserrée, la veste ouverte. Il a l'air sûr de lui, presque trop.

Rien, ce jour-là, ne laissait présager tout ce qui allait suivre.

Elle se surprend à l'observer plus longtemps qu'elle ne le voudrait, fascinée malgré elle par cette aisance naturelle qu'elle n'a jamais connue, cette facilité à occuper l'espace sans jamais sembler douter de sa place. Elle se demande ce que ça doit faire, de traverser la vie avec autant d'assurance, sans jamais avoir à réfléchir à chaque mot avant de le prononcer.

— Tu le regardes bizarrement, dit une voix derrière elle.

Léa, l'une des filles qui accompagnent Clara ce jour-là, semble hésiter un instant avant de suivre le groupe, lançant à Émilie un petit sourire presque timide, comme pour s'excuser silencieusement du comportement de Clara. Émilie ne sait pas encore, à ce stade, si elle doit y voir un signe encourageant ou une simple politesse sans conséquence.

Émilie sursaute. C'est Clara, accompagnée de deux autres filles.

— Je ne le regardais pas, dit Émilie rapidement.

Le cours d'histoire, donné par un professeur à la voix posée et méthodique, porte sur les prémices de la révolution industrielle en Europe. Émilie, habituée à prendre des notes exhaustives, remplit rapidement plusieurs pages, pendant que d'autres élèves, autour d'elle, semblent bien moins concentrés sur le sujet du jour.

— Tout le monde le regarde, dit Clara avec un petit rire. C'est Maxime Delcourt. Son père est propriétaire de la moitié des immeubles du centre-ville. Il fait ce qu'il veut ici.

— D'accord, répond Émilie, qui ne sait pas quoi ajouter.

En passant devant les terrains de sport extérieurs, elle aperçoit l'équipe de rugby en plein entraînement, dirigée par un coach à la voix tonitruante. Ce genre d'infrastructure, digne d'un petit club professionnel, contraste violemment avec le simple terrain en bitume de son ancienne école.

Clara s'assoit à côté d'elle sans y être invitée.

Émilie sent immédiatement une tension familière s'installer dans ses épaules, ce réflexe de prudence qu'elle a développé au fil des mois difficiles dans son ancienne école.

— Alors, dis-moi, tu viens d'où exactement ? Pourquoi tu as changé de lycée en cours d'année ?

Ce soir-là, dans son nouveau carnet encore presque vierge, elle note quelques observations sur sa première vraie journée : les noms de quelques professeurs, la position de la bibliothèque, et, tout en bas de la page, presque comme une note à elle-même, le nom de Maxime Delcourt, suivi d'un simple point d'interrogation.

Émilie sent son cœur se serrer. Elle a préparé une réponse simple, sans détails.

— Mes parents voulaient un meilleur lycée pour moi, dit-elle. C'est tout.

Elle repense, en fin de journée, à la remarque de Clara sur les gens qui se connaissent depuis la maternelle. Elle se demande combien de temps il lui faudra, elle aussi, pour tisser ne serait-ce qu'une fraction de ces liens qui semblent si naturels et évidents pour tous les autres élèves de sa classe.

— Mmh, fait Clara, pas vraiment convaincue. Et ton ancienne école, c'était comment ?

Émilie sent son estomac se nouer légèrement face à cette question, redoutant déjà où pourrait mener la conversation si elle n'y met pas fin rapidement.

— Normale, répond Émilie. Rien de spécial.

Elle espère que Clara va changer de sujet, mais celle-ci continue à poser des questions, sur ses amis, sur ses notes, sur pourquoi elle a une bourse. Émilie répond le moins possible, avec des phrases courtes.

Elle observe aussi, avec un mélange de fascination et de malaise, la facilité avec laquelle certains élèves passent d'un groupe à l'autre, saluant tout le monde, connus de tous, alors qu'elle-même peine encore à retenir les prénoms de ses camarades de classe.

— Tu joues d'un instrument ? Tu fais du sport ? continue Clara, enchaînant les questions sans laisser à Émilie le temps de respirer.

— Je lis beaucoup, répond Émilie prudemment.

— Ah, dit Clara avec une moue à peine dissimulée, comme si cette réponse confirmait quelque chose qu'elle soupçonnait déjà. Original.

Heureusement, la sonnerie interrompt la conversation.

— On se reparle plus tard, dit Clara avec un sourire qui ne rassure pas du tout Émilie.

En cours d'histoire, Émilie est placée juste devant Maxime. Elle l'entend chuchoter avec son voisin, rire doucement, ignorer complètement le professeur.

Elle essaie de ne pas se laisser distraire par ces murmures constants derrière elle, concentrant son attention sur son cahier, même si une partie d'elle reste malgré tout curieuse de ce qui les fait autant rire.

— Monsieur Delcourt, dit le professeur d'une voix fatiguée. Vous m'écoutez ?

— Toujours, monsieur, répond Maxime avec un sourire charmeur.

Toute la classe rit. Le professeur soupire et continue son cours sans insister. Émilie remarque que personne ne semble surpris. C'est comme si Maxime avait le droit de faire ce qu'il veut, sans conséquence.

Émilie observe ce jeu silencieux entre Maxime et le professeur avec une certaine fascination. Dans son ancienne école, un tel comportement aurait été puni immédiatement. Ici, tout semble fonctionner selon des règles différentes, des règles qu'elle ne comprend pas encore tout à fait.

À la fin du cours, en rangeant ses affaires, Émilie laisse tomber son stylo. Avant qu'elle ne puisse le ramasser, une main le fait pour elle.

— Tiens, dit Maxime en lui tendant le stylo.

— Merci, dit Émilie, surprise.

Elle range rapidement le stylo dans sa trousse, comme pour effacer toute trace de ce court instant de gêne.

Il la regarde un instant, comme s'il essayait de la reconnaître, puis il hausse les épaules et rejoint ses amis sans un mot de plus.

Émilie reste immobile quelques secondes, le stylo dans la main. Elle ne sait pas pourquoi, mais ce court moment la trouble légèrement.

Ce soir-là, en repensant à sa journée, elle se surprend à sourire légèrement en se rappelant ce geste simple. Elle se gronde intérieurement : elle est ici pour étudier, pas pour remarquer les petites attentions d'un garçon populaire qu'elle connaît à peine.

Le reste de la journée se passe sans incident. Émilie assiste à ses cours, prend des notes soigneusement, mange seule à la cantine, en observant les différents groupes d'élèves : les sportifs, les musiciens, les premiers de la classe, et le groupe de Clara et Maxime, toujours au centre de l'attention.

Elle remarque aussi, avec un peu d'étonnement, qu'aucun des professeurs ne semble s'inquiéter de la voir toujours seule. À Saint-Clair, l'excellence scolaire semble compter plus que le bien-être social des élèves, du moins en apparence.

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