Le Pacte des Ombres
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Le Pacte des Ombres

Язык: Русский
Год издания: 2026
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À onze heures précises, je frappe doucement à sa porte. Il ouvre presque aussitôt, en simple t-shirt, les cheveux en désordre comme s’il venait de se passer la main dedans plusieurs fois. Sa chambre est petite, comme la mienne, mais avec des livres empilés un peu partout et quelques affiches de groupes de rock accrochées au mur. Il me fait asseoir au bord de son lit, sans façon.

— Je veux te montrer une photo de ma sœur, dit-il en fouillant dans un tiroir. Elle s’appelle Lily. Elle avait seize ans, la dernière fois que je l’ai vue.

Il sort une photo froissée de son portefeuille usé. Une jeune fille rousse y sourit largement, avec des taches de rousseur sur le nez et les joues. Elle ressemble beaucoup à Declan, en plus lumineuse, presque insouciante sur cette image figée.

— Elle a été enlevée il y a trois ans exactement, dit-il d’une voix plus basse que d’habitude. L’académie a officiellement raconté qu’elle était « en stage à l’étranger », pendant des mois. Mais moi, je sais bien qu’ils l’ont enfermée quelque part parce qu’elle avait découvert, elle aussi, la vérité sur ces expériences.

— Et tu veux absolument la sauver, dis-je doucement.

— Oui, complètement. C’est pour ça que j’accepte toutes les missions qu’on me confie, sans jamais discuter, que je joue depuis trois ans le rôle du tueur parfaitement sans cœur. Pour qu’ils continuent à me faire confiance aveuglément, et qu’un jour, peut-être, ils finissent par me dire où elle se trouve.

Il a les yeux brillants dans la faible lumière de la chambre, mais il ne pleure pas ouvertement. Il est sans doute trop fier, ou trop entraîné à se contrôler, pour se laisser aller à ça devant moi.

Je prends sa main dans la mienne, doucement, sans calculer le geste.

— On va la sauver, Declan, tous les deux ensemble. Je te le jure sur tout ce que j’ai.

Il me regarde longuement, en silence, puis il pose sa tête sur mon épaule, avec une fatigue soudaine et visible. Je sens son souffle régulier contre mon cou, son poids qui se relâche un peu. Je ne bouge pas d’un centimètre. Je le laisse simplement se reposer contre moi, quelques minutes.

Il murmure, presque inaudible :

— Pourquoi tu es gentille avec moi, franchement ? Je t’ai fait mal dès le premier jour, je t’ai cassé le pouce sans aucune hésitation…

— Parce que tu n’es pas un monstre, malgré ce que tu voudrais me faire croire. Tu es juste un garçon qui a très peur, depuis trop longtemps.

Il ne répond rien à ça, mais il serre un peu plus fort ma main dans la sienne, comme pour s’accrocher à quelque chose de stable.

On reste ainsi, immobiles, pendant un long moment. Puis je me lève doucement, sans brusquer ce moment fragile.

— Il faut dormir maintenant. Demain, on a une longue journée qui nous attend, avec le refuge et tout le reste.

— Oui, tu as raison, dit-il en se redressant. Merci, Ella, sincèrement.

Je sors de sa chambre, le cœur battant fort dans ma poitrine, pour des raisons qui n’ont plus grand-chose à voir avec la peur cette fois. Je ne sais pas exactement ce qui se passe entre nous deux, ni où cela nous mènera. Mais je sais que je commence sérieusement à lui faire confiance, malgré tout ce qu’il représente. Et c’est peut-être dangereux, terriblement dangereux même dans ce lieu, mais c’est plus fort que moi ce soir.

Chapitre 4 – Le refuge dans la forêt

Словарь к Главе 4 (15 слов)

un entrepôt — склад, хранилище

une forêt — лес

un chemin — тропа, путь

se cacher — прятаться

un bruit — шум

un piège — ловушка

se blesser — пораниться

un cadavre — труп

une preuve — доказательство

une clef — ключ

un passage secret — тайный проход

la prudence — осторожность

un danger — опасность

un éclat — осколок, вспышка

se dépêcher — торопиться

(environ 2163 mots, niveau B1‑B2)

Le lendemain matin, je me réveille avec une étrange sensation d’espoir, presque oubliée depuis mon arrivée ici. Nous avons enfin un plan, un vrai, et pour la première fois depuis que je suis à Whitehaven, je ne me sens plus complètement impuissante face à tout ce qui m’arrive. Je m’habille rapidement, je prends un petit déjeuner expédié à la cantine, à peine un café et un morceau de pain, puis je retrouve les autres devant le fourgon, dans le froid du matin.

Declan est déjà là, le visage fermé comme d’habitude, mais ses yeux me cherchent brièvement dans la cour. Quand il me voit arriver, il fait un petit signe de tête, presque imperceptible. Leo, Michael et Tyler montent dans le véhicule sans un mot. Le Proviseur s’approche à grands pas et nous donne une dernière instruction, comme chaque fois, sur un ton qui n’admet aucune discussion :

— Le refuge se trouve à cinquante kilomètres d’ici, dans une forêt particulièrement dense. Il y a là-bas d’anciennes installations militaires désaffectées. Amelia y a probablement caché des documents importants, peut-être des preuves. Ramenez-les intacts, et si vous croisez Amelia sur place, neutralisez-la immédiatement. Vous avez vingt-quatre heures, pas une minute de plus.

Il nous remet une carte en papier, dessinée à la main sur certains passages. Apparemment, il n’y a aucun signal GPS fiable dans cette région reculée. Le Proviseur insiste lourdement sur le fait qu’il faut agir vite, car d’autres chasseurs de sorcières pourraient déjà être sur la même piste que nous.

On monte dans le fourgon, chacun à sa place habituelle. Tyler conduit, Declan est assis à côté de lui, moi je suis à l’arrière avec Leo et Michael. Le trajet est particulièrement cahoteux dès qu’on quitte la route principale. La route goudronnée devient vite un chemin de terre, puis une piste boueuse qui serpente entre les arbres serrés. La neige a fondu en partie ces derniers jours, et le sol reste détrempé, collant sous les roues.

Leo casse une barre de chocolat en deux et m’en offre un morceau, sans un mot d’explication particulière.

— Tiens, petite. Tu vas avoir besoin d’énergie pour la suite, crois-moi.

Je prends le chocolat et je le remercie sincèrement. Il n’est peut-être pas aussi méchant qu’il en a l’air en surface, avec ses blagues faciles. Peut-être qu’il cache lui aussi des blessures anciennes, comme tous les autres ici.

Declan se tourne vers nous, une main sur le dossier du siège avant.

— Écoutez-moi une seconde. Le Proviseur nous a parlé d’un simple entrepôt militaire abandonné. Mais j’ai vérifié discrètement les archives hier soir : ce bâtiment a en réalité été utilisé par l’académie comme centre de recherche secret, il y a une vingtaine d’années. Amelia a peut-être découvert des choses précises là-bas, à l’époque.

— Et elle a très bien pu y laisser des pièges avant de partir, ajoute Michael, toujours aussi calme dans sa manière de parler. Il faudra être prudents à chaque pas, sans exception.

Tyler gare finalement le fourgon à l’orée de la forêt, là où la piste devient trop étroite pour continuer en véhicule. À partir d’ici, on doit poursuivre à pied, sacs sur le dos. La carte indique un sentier qui mène vers une clairière isolée. On marche en file indienne, Declan ouvrant la marche, Leo fermant la nôtre, moi restant au milieu du groupe, comme protégée sans qu’on me le dise sincèrement. Le silence de la forêt est pesant, presque total ; seuls les oiseaux au loin et le craquement des branches sous nos bottes viennent troubler ce calme irréel.

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